Minuit avec Petrucciani, c'est beau comme une romance

Il y a près de 15 ans de cela, je rentrais d'un concert du petit Opportun, célèbre caveau jazz des halles.Il était prés de Minuit. Barney Willen, avait fait résonner la note bleue et les quelques inconditionnels que nous étions se séparèrent encore embués par ce divin single malt que nous avions savouré aux rythmes d'improbables harmonies.

En remontant sur le boulevard Sebastopol, j'aperçus au loin, au milieu de la chaussée,un fauteuil roulant, vision effrayante que celle de cet handicapé perdu au milieu des chauffards du Samedi soir.

En me rapprochant je fus stupéfait de découvrir, la l'air de rien un autre grand nom de la scène Jazz, Michel Petrucciani. Oui Michel, l'une de mes idoles était bloqué entre des roues de géants et des tuyaux d'échappement dégueulant un oxyde pas très swing.

Abasourdi par cette vision surréaliste et je lui proposais de l'aider; le pousser sur une centaine de mètres; il accepta volontiers.

Je lui demandais d'abord comment il se retrouva dans cette situation; le grand Michel Petrucciani n'a-t-il donc pas de voiture? De chauffeur, de famille? J'avais envie de prendre l'air me répondit-il avec son petit accent du sud. Cette ballade qui dura à peine dix minutes est restée gravée à tout jamais dans ma mémoire.

Je lui parlais de ce concert auquel j'avais assisté quelques mois plus tôt à Juan, j'essayais de décrire cette version si originale de Besame Mucho qu'il connaissait si bien; il fredonna les premières notes et rigola de plein cœur. J'étais content.

Il me parla de Paris, la nuit. "C'est beau comme une romance", lança -t-il. Je l'écoutais sans broncher, trop impressionné par la légende, là devant moi, assise péniblement sur ce fauteuil de souffrance.

"Nous arrivons prés de chez moi, tu peux me laisser je me débrouille."

Le fauteuil roulant s'éloigna au loin, avec ces petites mains qui s'agitaient de pleine force pour le faire avancer. Comme celles qui arpentent le clavier blanc et noir.

Sur que tu vas te débrouiller Michel, sur que là haut ils se régalent de tes impros. Nous; on t'as pas oublié.



2 commentaires:

Aurelien said...

Les premieres notes font frissoner... et ca marche a chaque fois.
Merci et shabat shalom.

uusulu said...

Bonjour,

L'illustration de la note bleue par Loustal a toujours représenté exactement ce que mon imaginaire avait créé autour de l'album de Barney Wilen dont vous parlez. De ces genres de dessins qu'on entend plus qu'on ne les regarde.