L'IMPOSSIBLE PARDON


"Avec le temps, tout s'en va"écrivait Léo. La véracité de cette phrase est parfois glaçante. La Shoah est de plus en plus loin de nous, près de 65 ans et déjà des premiers signes d'oubli ou de négationnisme surgissent depuis quelques années. Le dictateur iranien étant aujourd'hui le symbole de cette manifestation révisionniste effrayante.

Ce matin, sur l'autoroute 'de la plage' en cette fin octobre ensoleillée et particulièrement chaude (26 degrés hier…), je fus interpellé par un débat radio; l'animateur vedette de la 'tranche matin" recevait Larissa, l'épouse enceinte du meurtrier Ygal Amir. Pourquoi? et bien parce que depuis quelques semaines, et à quelques jours du douzième anniversaire de la disparition de Rabin, un mouvement s'est créé pour libérer l'assassin. Je ne reviendrai pas sur les propos aberrants de cette jeune femme qui va bientôt mettre au monde un pauvre malheureux qui sera persécuté à tout jamais par les médias en plus d'avoir un père assassin en prison.

Rabin fut assassiné il y a 12 ans. Et 12 ans c'est énorme en Israël. Les israéliens ont la mémoire courte.(ne sont-ils pas déjà prêts a élire BIBI ?).

Les conséquences du meurtre de Rabin furent innombrables et en premier lieu l'élection qui suivit de Netanyahu et la fin du processus d'Oslo. Certains diront tant mieux. D'autres, comme moi (sale gauchiste que je suis) pensent qu'une opportunité fut loupée.Encore une.

Toujours est–il que Ygal Amir a tué le premier ministre de son pays, de son peuple; l'homme qui avait réussi à redonner l'espoir à tout un pays. Demandez à n'importe quel israélien; il vous parlera avec des yeux émerveillés de ces années 93-95 ou le monde se précipitait en Israël pour ressentir ce parfum de paix et de croissance retrouvée. Les années Rabin furent les plus heureuses du peuple israélien, durant ce dernier quart de siècle. Que l'on ose dire le contraire...

Ygal Amir est persuadé d'avoir gagné. Il n'a pas tort. C'est triste à dire; son geste aura bien permis l'arrêt du processus de paix.
La meilleure façon de punir cet homme, en plus de le laisser en prison, est de reprendre le processus de paix et d'en finir avec les territoires.

Cela sera sans doute notre victoire sur l'obscurantisme représenté par Yigal Amir et tous ses adorateurs et partisans, bien plus nombreux qu'on ne le soupçonne. J'ai honte, tellement honte pour ceux qui osent le soutenir et défendre son acte. Le temps passe. N'oublions pas l'horreur de son geste
Le temps n'est pas au pardon.

3 commentaires:

Samuel said...

De mon pays de France, c'est bien ce genre de phénomène qui me fait peur et qui met en cause l'existence même de l'Etat d'Israël.
Quand j'étais jeune, moi, petit marseillais de naissance, fan de l'OM (que je suis resté), ce n'est pas un poster de Josip Skoblar ou de Roger Magnusson que j'avais sur mon mur mais une immense photo de Moshé Dayan.
Pour moi, et selon mon éducation de Juif de la diaspora "fan" d'Israël, l'Etat hébreu était indissociable de ses piliers. Ben Gourion, Dayan, Rabin, Sharon, Golda Meir... Jérusalem!!! Tous ces piliers qui s'effondrent, qui sont remis en cause, niés, et qui font que les fondements se mettentà trembler.
Je sais que c'est la mode de tout repenser. Ygal Amir est un assassin, une honte, cette honte que l'on a découvert: un Juif peut tuer un autre juif pour des raisons politiques. Un aveu devant le monde, un signe de faiblesse, une faille.
Et là, il faudrait trouver des raisons à cet homme pour sa libération, pour ses permissions, pour un enfant à naitre, alors qu'il a mis à jour un nouveau fait, celui que le peuple juif n'est pas si solidaire qu'on le croit, aussi uni, monolithique. Bien sûr que nous le savions, mais les autres peuples devaient-ils le savoir de manière aussi criante.
Et n'est-ce pas cette faille qui fait que, maintenant, le partage de Jérusalem devient possible dans les esprits?
Si c'est cela, Ygal Amir est arrivé exactement au contraire de ce qu'il voulait exprimer par son meurtre odieux.

WILLIAM de marseille said...

Toujours passionnant ces débats vu de l'exterieur.
Ygal Amir n'avait pas le droit de tuer.
Rabin avait-il le droit de promettre ce que bon nombre ne voulait donner ?
Tout rendre, un élan de générosité,une vision pacifique ,peut etre perçu comme une faiblesse majeure .
Je pose la question par ce que je n'ai pas la réponse...

Herbert said...

Salut,

J'etais etudiant à l'Université de Tel-Aviv de 1994 à 1996, Shenkar Dept of Physics. J'ose dire "le contraire" et affirmer que les années 93-95 ne furent pas les meilleures d'Israel. Il est vrai que l'atmosphere etait particulièrement euphorique jusqu'en septembre 1994 suite à l'accord de paix avec la Jordanie. Mais à partir de Octobre 1994, date du premier attentat sucide dans un bus à Dizengoff si je me rappelle bien, tout a commencé à partir en vrille. Il y avait des attentats suicides régulièrement, et je me rappelle de la frousse que j'avais quand je prenais le bus pour l'université. Beaucoup de personnes, et pas que de Droite, etaient exaspérés que Rabin ne ramène pas la sécurité. Les gens ne sortaient quasiment plus, l'atmoshpère à TAU, Fac de Gauche, etait très morose. Ygal Amir fut le fruit de cette exasperation là. Il n'a pas été crée ex-nihilo. L'année 1995 fut une année pourrie, avant et après la mort de Rabin.